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Le Camp de Sainte-Livrade

12 May 2012 06:03:00

12 May 2012 06:02:00

Le Camp de Sainte-Livrade
Les bâtiments ont été construits avant la guerre, pour abriter des militaires, et n'ont jamais été rénovés .Le camp est impropre à l'habitation, les logements sont dangereux et insalubres, avec les problèmes d'incendie, d'amiante et d'étanchéité .Les installations intérieures électriques sont vétustes et ne répondent pas aux normes en vigueur, sans prise de terre et dispositif différentiel, les équipements ne respectent plus les mesures de protection, et constituent un danger réel d'incendie. l'Ensemble des baraquements comporte des matériaux, facilement inflammables, planchers en bois, plafonds en carton et toitures en fibrociment .Six incendies se sont déclarés à l'intérieur du camp, dont le dernier en 2005, a fait une victime .Les baraques représentent une véritable menace pour la sécurité et la santé de ses occupants .

CAFI Sainte-Livrade-sur-Lot

12 May 2012 06:00:00



Le Centre d'Accueil des Français d'Indochine constitue depuis 1956 , un îlot de pauvreté où vivent encore 120 familles , dans les baraquements insalubres et dangereux d'un ancien camp militaire . Pendant plus d'un demi-siècle rien n'a été fait pour ses habitants .

Un camp oublié

12 May 2012 05:59:00

REPORTAGE DANS UN CAMP OUBLIEAUX INDOCHINOIS HARKIS, LA FRANCE RECONNAISSANTE...Mis à jour le 15 novembre 2003. Auteur : Emmanuelle Braz.
Alors que la France s’apprête à commémorer, discrètement, le cinquantième anniversaire de la fin de la guerre d’Indochine, un ancien camp militaire du sud-ouest de la France abrite toujours une centaine d’ « Indochinois » rapatriés en 1956. Harkis avant l’heure, ils finissent leur vie misérablement, oubliés de tous, avec pour seul héritage leurs souvenirs et leurs rêves déçus.
Sainte-Livrade, Lot-et-Garonne. Le brouillard tombe sur ce village tranquille. Les rues sont quasi désertes. « Vous connaissez le camp des rapatriés d’Indochine ? - Le village des Chinois ? Oui, c’est à deux kilomètres à droite avant le pont. » Une petite route longe la rivière, traverse une zone pavillonnaire semblable à tant d’autres, puis sur la droite, un panneau, CAFI. Et là, à travers la brume commence un autre monde. Un chemin défoncé circule au milieu d’interminables baraquements aux toits de tôle ondulée. Des enfants accourent, surpris par cette voiture inconnue. Des images se superposent : camp de réfugiés, camp d’internement. On pourrait se croire au Vietnam, pendant la guerre. Il ne manque que le bruit des bombardements. Bienvenue au Centre d’accueil des Français d’Indochine.Jeanne(*) est eurasienne, de mère « annamite » - selon la terminologie de l’époque - et de père français. Elle est arrivée à Sainte-Livrade pendant l’hiver 1956, seule avec ses huit enfants. Comme plusieurs milliers de ses semblables, elle a quitté le Vietnam après la défaite française et la proclamation de l’indépendance par Hô Chi Minh. Les enfants de l’ennemi n’étaient plus vraiment les bienvenus dans la nouvelle République de Hanoi.


Sa mère avait épousé un Français. « Epousé », en langage colonial, signifie que son père a vécu un temps avec sa mère -le temps de son engagement militaire en Indochine - avant de retourner au pays retrouver femme et enfants. « Je ne me souviens pas de mon père, il nous a abandonnées quand ma mère était enceinte de ma sœur. Il est parti en vacances en France et il n’est jamais revenu. Ma mère a eu le cœur brisé. Elle est morte de chagrin. Mais avant de mourir, elle a fait jurer à sa sœur que ses filles ne se marieraient jamais avec des Français. Finalement, j’ai eu moi aussi des enfants avec un Français, un militaire et il a fini par partir. C’est le destin. »De nombreuses autres femmes se sont retrouvées dans son cas, abandonnées par leur compagnon français, ou veuves, sans argent, parlant à peine français. A leur arrivée en France, elles ont été regroupées dans cet ancien camp militaire, construit dans les années trente. Elles y rejoignaient d’autres « rapatriés d’Indochine », comme les appelaient alors les autorités coloniales : de jeunes Vietnamiens, ou des eurasiens, qui avaient dû faire leur service militaire ou s’engager dans l’armée française. La plupart possédaient la nationalité française.Ils étaient 1200, regroupés dans ce camp qui devait être provisoire. La plupart sont partis, dès qu’ils ont pu trouver un travail et un logement ailleurs. Ils se sont débrouillés tout seuls, sans aide, ni soutien de la France. Mais d’autres n’ont pas eu cette chance. « Nous nous sommes retrouvés ici, dans un logement sordide, sans eau ni sanitaires »



Sylvie se souvient de ses premières années dans le camp. Son père, aujourd’hui disparu, travaillait dans la police secrète à Hanoi. Il était eurasien lui aussi, marié à une sino-vietnamienne. En Indochine, il faisait partie des privilégiés. « Nous avons tout perdu en quittant le Vietnam. Nous nous sommes retrouvés ici, dans un logement sordide, sans chauffage ni sanitaires. Il a fallu se débrouiller seuls. Mon père, qui avait pourtant fait des études, s’est retrouvé à faire toutes sortes de petits boulots pour faire vivre ses seize enfants. Ma mère ramassait des haricots verts chez les paysans du coin. Le soir elle nous en ramenait des sacs entiers à équeuter. Nous y passions parfois la nuit. »Le plus dur pour Sylvie, c’est que son père est mort sans jamais avoir eu la moindre reconnaissance de la France. « Il s’est battu contre les Japonais en 1945, il a été fait prisonnier dans des conditions effroyables. Il a même creusé des charniers. Puis il s’est battu contre le Vietminh pendant des années. Il a été blessé et il a boité toute sa vie. Mais jamais il n’a été indemnisé, ni reconnu comme blessé de guerre. Pas la moindre pension d’invalidité, même pas une médaille ». Sa mère renchérit : « On ne pouvait pas imaginer que des anciens soldats d’Indochine seraient traités comme ça. »Pierre, qui est revenu au camp à sa retraite, se souvient : « C’était un vrai camp militaire. Quand je venais passer un week-end chez mes parents, ils devaient demander l’autorisation de m’héberger au directeur du camp, un ancien militaire d’Indochine. La guerre était finie, mais nous continuions de vivre en Indochine, sous un régime militaire. Le dernier directeur a pris sa retraite en 1997. Je crois que c’était un ancien d’Algérie. »


Pendant les rares heures de liberté que lui laissent son travail, Sylvie vient rendre visite à plusieurs personnes âgées dans le camp. « J’ai choisi de rester près de Sainte-Livrade, près de ma mère et de ces personnes isolées. Je fais ce que je peux pour les aider. Qu’au moins ils puissent mourir dignement. Mais parfois je m’énerve quand je vois dans quelles conditions ils vivent. Ceux qui n’ont pas eu la chance d’avoir des enfants qui ont fait des travaux dans leurs logements vivent dans des taudis. C’est indigne. Et pourtant, il y a eu des aides de l’Etat. Que sont-elles devenues ? »Il reste moins d’une centaine de « rapatriés d’Indochine » dans le camp, tous âgés et usés par la vie. Ceux qui sont restés étaient les plus fragiles, les plus démunis. Les veuves vivent leurs dernières années près d’un chauffage à mazout, entre la télévision et le téléphone, dans l’attente d’un appel de leurs enfants partis travailler loin d’elles. Elles ne parlent toujours pas français. Les anciens militaires souffrent de leurs blessures de guerre et ressassent les histoires de leur jeunesse. Amers et nostalgiques, certains voudraient repartir au Vietnam, mais ils savent qu’il n’y a plus de place pour eux là-bas.Ils n’ont jamais manifesté, jamais rien demandé. Sans doute étaient-ils trop fiers pour se plaindre. Alors tout le monde les a oubliés. « L’Etat ne gère que l’urgence, ne réagit que lorsqu’il y a le feu », avoue un haut fonctionnaire qui a essayé de s’occuper du dossier il y a quelques années. « Si les Harkis ont obtenu quelques compensations, même si elles sont bien maigres, c’est parce que la deuxième génération s’est révoltée. Les Vietnamiens n’ont jamais élevé la voix, ils n’ont rien eu. »Jusqu’en 1981, le camp était sous tutelle directe de l’Etat. D’abord rattaché au ministère des Affaires étrangères, il a ensuite été administré par huit ministères successifs, chacun se renvoyant la balle. D’année en année, la subvention allouée à la commune de Sainte-Livrade pour l’entretien du camp s’est amenuisée. Puis, en 1981, la mairie a décidé d’acheter le camp, surtout intéressée par les huit hectares de terrain constructibles.


L’ancien maire, à la tête du village pendant près d’un demi-siècle, avait réussi à s’accommoder sans mal de cette population docile et discrète. Un habitant du camp témoigne : « Il venait faire un tour dans le camp avant les élections, faisait quelques promesses, au besoin menaçait de raser le camp et de jeter les gens dehors et tout le monde votait pour lui. Il y avait même des cars qui venaient chercher les gens pour les emmener voter. »Aujourd’hui la nouvelle municipalité est mal à l’aise. Il lui est difficile de continuer à faire comme si de rien n’était et d’attendre la mort des derniers rapatriés pour que le problème se règle de lui-même. Deux associations nouvellement créées sont venues mettre un petit grain de sable dans la machine. Elles ont écrit au Premier ministre, au responsable de la Mission interministérielle aux rapatriés, à différents élus. Elles souhaitent que le camp soit réhabilité et ses habitants traités comme tous les autres rapatriés. La mairie leur emboîte donc le pas et demande également que l’Etat prenne enfin ses responsabilités.Mais les derniers habitants du camp en ont assez des promesses. Ils sont devenus fatalistes. Or, les derniers événements leur donnent raison. A la demande du Premier Ministre, un député du Lot-et-Garonne, Michel Diefenbacher, vient de rédiger un rapport intitulé : « Parachever l’effort de solidarité nationale envers les rapatriés ». Sur 53 pages, cinq lignes seulement concernent les rapatriés d’Indochine, pour souligner que leur « intégration sociale et professionnelle constitue une remarquable réussite. »
Emmanuelle Braz
(*) Les noms ont été changés à la demande des personnes rencontrées.

Les oubliés d'Indochine

12 May 2012 05:57:00

Cinquante ans après la chute de Dien Bien Phu, des Français rapatriés d'Indochine vivent toujours dans des baraquementsSainte-Livrade-sur-Lot - Une route défoncée. Des dizaines de baraquements délabrés, alignés les uns à côtés des autres, marqués d'une lettre ou d'un numéro, et surmontés d'un toit de tôle. A quelques kilomètres du coeur de Sainte-Livrade, un village d'un peu plus de 6.000 âmes, posé sur les berges du Lot, une simple pancarte indique l'entrée du «Centre d'accueil des Français d'Indochine», le CAFI.

C'est là, dans cet ancien camp militaire, que sont arrivés en avril 1956, 1.160 réfugiés, dont 740 enfants, rapatriés d'Indochine. Après les accords de Genève de 1954 et le retrait de la France du Sud-Vietnam, l'Etat français a pris en charge ces couples mixtes ou ces veuves de Français (soldats ou fonctionnaires), qui fuyaient la guerre et le communisme. L'Etat les a hébergés «provisoirement» -selon les mots employés en 1956 par les autorités - dans ce camp de transit. Puis les a oubliés. Cela fait cinquante ans qu'ils attendent, cinquante ans qu'ils vivent là.«Nous sommes restés toutes ces années sans comprendre, sans rien dire», dit Jacqueline Le Crenn. Agée de 91 ans, cette vieille femme eurasienne vit dans le même baraquement depuis qu'elle a quitté le Tonkin de son enfance, il y a près d'un demi-siècle. Son appartement comprend une entrée-cuisine, une chambre-salon, et une pièce transformée en pagode, où elle voue son culte au Boudha. «Je me suis habituée au camp et à cette vie, poursuit-elle. Je veux mourir ici.»Jacqueline fait partie des 48 «ayants-droits» encore en vie, sur les quelque 200 personnes hébérgés au CAFI. La plupart des enfants de rapatriés ont quitté le camp. Mais les plus fragiles sont restés : les veuves, qui n'ont jamais eu les moyens de s'installer ailleurs ; les enfants qui n'ont pas trouvé de travail ; les malades et les handicapés.



"La guerre est venue et nous avons tout perdu"
Selon l'association «Mémoire d'Indochine», une quinzaine de personnes handicapées vivent au CAFI, dans des conditions très précaires. Des silhouettes mal assurées hantent en effet le centre des rapatriés. Comme cet homme au teint sombre et aux yeux bridés, claudiquant le long des barraquements. Ou ce quadragénaire aux cheveux longs, qui erre dans le camp en parlant tout seul. «Certains enfants du centre ont fait des crises d'adolescence difficiles, explique le président de Mémoire d'Indochine, Georges Moll. Ils ont été conduits à l'hôpital psychiatrique, et en sont ressortis dans un état catastrophique.»Jacqueline Le Crenn vit seule depuis le départ de ses six enfants. La mère de cette femme au physique sec était Vietnamienne et son père, mort à la guerre de 1914-18, Français. «Nous sommes pupilles de la nation», dit fièrement Jacqueline. La vieille femme voutée, assise à côté d'un poêle à gaz, raconte sa vie d'avant, la «vie heureuse». La construction d'une maison au Tonkin, où son mari et elle avaient projeté de s'installer, l'achat de rizières pour leurs vieux jours. «Et puis la guerre est venue et nous avons tout perdu.»
Après la chute de Dien Bien Phu, en 1954, la famille Le Crenn, comme la plupart des rapatriés d'Indochine, ont dû quitter le nord pour le sud du Vietnam. Ils ont ensuite attendu à Saigon, dans des camps, avant de prendre le bateau pour Marseille et d'être hébergés dans plusieurs centres de transit en France. Sainte-Livrade est l'un des deux seuls camps qui subsistent aujourd'hui, avec celui de Noyant, dans l'Allier. «C'était un déchirement, raconte encore Jacqueline. La traversée a duré un mois. Je me disais que ce n'était plus la vie. Les autres étaient sur le pont. Moi j'étais au fond du bateau et je pleurais.»
En arrivant au camp de Sainte-Livrade, alors entouré de barbelés, le fils de Jacqueline a demandé : «Maman, c'est ici la France ?» «Le plus dur, c'était le froid, précise Jacqueline. Ensuite, il a fallu tenir, tout reconstruire, trouver de quoi vivre.» Beaucoup de rapatriés ont été embauchés dans les usines d'agro-alimentaire de la région. Ou travaillaient dans les champs de haricots.Claudine Cazes, 11ème de 16 enfants - et première à être née dans le CAFI, en 1957 -, se souvient des heures d'«équeutage». «Des sacs de haricots arrivaient au camp le matin et devaient être prêts pour le soir, raconte cette aide-soignante de 47 ans, qui a quitté le camp en 1977. Tout le monde s'y mettait.» Sa mère, Vuong, âgée de 81 ans, vit toujours au CAFI. Son père, Paul, est mort l'année dernière. Français d'origine franco-chinoise, il avait fait de prestigieuses études en Indochine, et travaillait dans les forces de sécurité. Mais en arrivant en métropole, Paul Cazes n'a pas pu intégrer la police française, et a dû travailler à l'usine.


"L'Etat français sait ce qu'il nous doit. Moi, jamais je ne lui réclamerait rien"
Logé dans un autre barraquement du camp, Emile Lejeune, 84 ans, dit ne pas avoir de «nostalgie». Pour sa mère et lui, le rapatriement de 1956 fut un soulagement. Militaire du corps expéditionnaire français en extrême orient (CEFEO), ce fils d'un magistrat français et d'une princesse vietnamienne a été fait prisonnier par le Vietminh en 1946, et est resté sept ans en captivité. «Là-bas, la vie et la mort étaient sur le même plan, témoigne Emile. Beaucoup de mes camarades sont morts de dysenterie, du palu, ou de malnutrition. Le pire, c'était le lavage de cerveau. On nous affaiblissait pour nous inculquer le communisme.» Sur près de 40.000 prisonniers du CEFEO, moins de 10.000 ont survécu aux camps du Vietminh.
Chez Emile, une photo de jonque, voguant dans la baie d'Halong, des statues de Boudha, et plusieurs couvre-chefs : le traditionnel chapeau conique des vietnamiens, un chapeau colonial usé et un képi de soldat français. Son vieux képi entre les mains, le vieil homme aux yeux bridés dit qu'il n'a «pas de haine en lui». «Mais je suis attristé, ajoute-t-il. Parce que la France en laquelle nous croyions ne nous a pas accueillis. Nous n'avons jamais été considérés comme des Français, mais comme des étrangers. Parqués, surveillés, puis abandonnés.» Emile, lui, demande juste «un peu de reconnaissance». Au nom de «ces dames du CAFI, trop humbles pour réclamer». Au nom de ces «épouses ou mamans de combattants, pour certains morts au champ d'honneur, morts pour la France.»
D'abord rattachés au ministère des affaires étrangères, les rapatriés du CAFI ont ensuite été administrés par huit ministères successifs. Les directeurs du camp étaient des anciens administrateurs des colonies. «Ils reproduisaient avec nous leurs mauvaises habitudes de là-bas, se souvient Jacqueline Le Crenn. Ils nous traitaient comme des moins que rien. Nous devions respecter un couvre-feu et l'électricité était rationnée.»Au début des années 1980, la commune de Sainte-Livrade a racheté les sept hectares de terrain à l'Etat pour 300.000 francs, avec le projet de réhabiliter le centre. Mais ces bâtiments, contruits avant-guerre pour abriter provisoirement des militaires, n'ont jamais été rénovés. Longtemps, il n'y a eu ni eau chaude, ni salle d'eau, et des WC communs. «Pas d'isolation, pas d'étanchéité, sans parler des problèmes d'amiante, et des réseaux d'électricité hors normes», énumère la première adjointe au maire, Marthe Geoffroy.


En 1999, la municipalité, aidée de l'Etat, a engagé un programme de réhabilitation d'urgence pour les logements ne bénéficiant pas du confort sanitaire minimal. Des travaux à «but humanitaire» dans l'attente d'une solution pour l'ensemble du CAFI. Mais depuis, rien. Le maire (UMP), Gérard Zuttion, se dit bien «un peu choqué» par cette «sorte d'abandon». Mais il dit aussi que la commune n'a pas les moyens «d'assumer seule les déficiences de l'Etat vis-à-vis de cette population». Le maire évoque des «projets de réhabilitation sérieux pour les prochains mois». Puis il se ravise, parle plutôt «d'années». «A cause de la lenteur de l'administration...» «C'est trop tard, tranche Claudine. Tout ce que nous voulons, au nom de nos parents, c'est la reconnaissance.» Sa mère, Vuong, écoute sa fille sans rien dire, s'affaire dans la cuisine puis s'assoit dans un grand fauteuil d'osier. Au crépuscule de sa vie, cette femme jadis ravissante, des cheveux blancs tirés dans un chignon impeccable, n'attend plus rien. Tous les matins, elle apporte une tasse de café sur l'autel où repose une photo de son mari, disparu l'année dernière. Elle dépose d'autres offrandes et brûle un bâton d'encens. Avant de mourir, l'homme de sa vie répétait à ses seize enfants : «Ma seule richesse, c'est vous. L'Etat français sait ce qu'il nous doit. Moi, jamais je ne lui réclamerait rien. Nous vivons dans le camp des oubliés.»

Par Solenn De Royer - La Croix - 5 Mai 2004.


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